L’apaisement

Le refuge secret de Casa Erica

J’ai hésité à publier ce texte. La peur de me porter malheur. De revoir revenir les démons des derniers mois, si terribles. “Tu croyais qu’on était parti, hahaha détrompe toi, nous sommes tous là, tapis sous ton lit, prêts à te mordre le pied dès ton premier pas posé au sol au petit matin…”

Mais si les émotions négatives sont nécessaires pour avancer dans le deuil, il faut aussi s’autoriser à communiquer sur les rayons de soleil qui s’installent peu à peu, en nous et autour de nous.

Après une immense panique en Avril, un profond desespoir, une jalousie sans bornes, un dessin tragique du futur dans ma tête… les jours se sont faits plus légers. Petit à petit, je me suis réveillée le matin avec le coeur moins serré. Mes pleurs n’ont plus été si terribles, si pleins de sanglots hurlants. J’ai pu regarder autour de moi quand je sortais dans la rue. Et surtout. J’ai senti la présence de Victor plus profondément en moi. Le manque est toujours là, oui, terrible, il m’a pris à la gorge alors que je traversais un passage piéton ce matin, toute l’absence de Victor devant moi dans son porte-bébé ou sa poussette est venue se frotter douloureusement à moi.

Mais pourtant. Ce trou béant en forme de Victor dans mon coeur se comble peu à peu avec tout l’amour, toutes les belles images de lui et de nos 10 mois ensemble. Comme si sa présence n’avait plus besoin d’être matérielle; Tout en étant bien réelle, elle se faisait sous d’autres formes. Je ne suis pas du tout croyante et j’ai eu beaucoup de mal à matérialiser cette forme, mais maintenant je la sens.

Beaucoup de choses m’aident dans cette nouvelle phase, ce nouveau cycle.
Le temps, tout de même. On dit qu’il ne guérit rien, j’entends souvent cette litanie, qui m’a déprimée au début… et je ne suis pas d’accord. La douleur est différente. Elle est bien là mais le choc horrible et le manque ne sont plus comme avant. Six mois après, je peux dire que “ça va mieux” (même si je n’ose pas l’écrire encore trop…)
Les relations – amoureuse, amicale, familiale : savoir qu’on a toujours quelqu’un à qui parler. Qu’on est aimée. Que Victor compte pour des personnes – si merveilleuses d’ailleurs. J’ai énormément de chance, et je suis consciente que beaucoup n’ont pas le même gentil parachute que moi dans ce bond vers le vide. L’écoute bienveillante des autres et des bras serrés autour de soi… c’est tellement important.
Les thérapeutes – psychologue, conseillère de deuil (une profession en elle-même en Allemagne, très bénéfique), spécialiste du Shiatsu, physiothérapeute. Tous ces rendez-vous qui rythment la semaine. Prendre soin de son corps, de son esprit. Se rendre compte que certaines pensées obsessionnelles que j’ai développées ces dernieres années sont normales (c’est tout un chapitre, dont on n’ose jamais parler… je ne sais pas si vous en avez aussi ?)
Des videos et des lectures – je pense par exemple à la vidéo de l’INREES sur le deuil, avec le psychiatre Christophe Fauré, qui explique très clairement le processus et les dimensions du deuil et nous déculpabilise beaucoup sur ce qu’on ressent.
L’espoir – l’espoir d’une nouvelle grossesse. Que malgré toutes les angoisses et les peurs, l’espoir que tout au fond de nous se cache encore la possibilité d’avoir de nouveau des enfants. Ce ne sera peut-être pas pour toute suite, mais juste le fait de se dire que ce bonheur est possible, qu’un souffle de vie peut encore se faire… pour ma part cela m’aide beaucoup actuellement.

Alors, il faut y croire. Reprendre des couleurs. Pouvoir se retrouver, rire, parler de soi, de ses expériences passées. Pouvoir regarder son passé en souriant sans tout regretter (ce que je faisais beaucoup ces six derniers mois… énumérant toutes les choses qui m’avaient amenée dans la vie jusqu’à notre drame). Pouvoir penser à l’avenir avec le coeur qui grandit. Et surtout, pouvoir vivre le moment, apaisée, tranquille, avec Victor bien emmitouflé dans mon coeur, pour toujours.

“May you be well
May you be peaceful and at ease
May you be happy
May you be loved”

Meditation on loving kindness